NOUVEL ORGANE ELECTORAL : LA COTE D’IVOIRE A LA CROISEE DES CHEMINS

Le climat politique ivoirien connaît, depuis le lundi 22 juin 2026, un frémissement dont l’issue reste hautement incertaine. Robert Beugré Mambé a convié, à la Primature, l’ensemble de la classe politique et la société civile pour leur annoncer la création prochaine d’un nouvel organe électoral, appelé à succéder à la Commission électorale indépendante (CEI), dissoute après des années de contestation. L’initiative, en soi, mérite d’être saluée. Elle marque la reprise d’un dialogue rompu entre le pouvoir et une opposition qui n’a cessé, depuis des années, de réclamer une refonte du dispositif électoral.

 

Dans la loge des hôtes, le tout-venant de la scène politique ivoirienne avait répondu présent : Pascal Affi N’Guessan pour le FPI et la CAP-CI, Philippe Georges Ezaley pour le PDCI-RDA, Simone Gbagbo pour le MGC, Charles Blé Goudé pour le COJEP, Danièle Boni-Claverie pour l’URD. Un parterre qui, à lui seul, traduit l’enjeu de la rencontre.

Le Premier ministre a égrené les grandes lignes de sa réforme. Un organe à trois dimensions, technique, supervisionnelle et chargé du recensement des votes, censé garantir neutralité, transparence et crédibilité. Des intentions louables, qui répondent à une exigence ancienne de l’opposition. Mais l’architecture institutionnelle ne suffit pas à elle seule à rétablir la confiance. C’est précisément ce que soulignent, avec une prudence quasi unanime, les leaders politiques conviés à la rencontre. Affi N’Guessan espère que les propositions de l’opposition seront prises en compte avant la saisine du Parlement. Ezaley regrette qu’il ne s’agissait que d’une « séance d’information » et non d’un débat contradictoire. Blé Goudé, lui, attend « le contenu » concret avant tout jugement.

 

Cette prudence n’est pas anodine. Elle puise dans une mémoire politique douloureuse. Depuis 2011, les rencontres entre le pouvoir et l’opposition – sous Ahoussou Jeannot, Amadou Gon Coulibaly, Hamed Bakayoko puis Patrick Achi – se sont multipliées sans jamais déboucher sur une prise en compte réelle des revendications de l’opposition. Le précédent est lourd, et il pèse sur la lecture que beaucoup d’observateurs font de l’initiative actuelle. D’autant qu’une déclaration récente du ministre Touré Mamadou, depuis Paris, affirmant que « les institutions fonctionnent bien » et que des propositions seraient présentées à l’Assemblée nationale, laisse planer le doute. Le gouvernement aurait-il déjà arrêté ses choix avant même d’avoir réellement consulté ses interlocuteurs ?

 

La question, dès lors, n’est plus seulement technique mais politique. Robert Beugré Mambé ira-t-il jusqu’au bout d’une véritable concertation, ou cette séance d’hier restera-t-elle un exercice de communication sans suite véritable ? L’enjeu est considérable pour un pays qui a payé, par le passé, un lourd tribut aux crises post-électorales. Une nouvelle architecture électorale ne vaudra que par la légitimité que lui confèrera un processus réellement inclusif. À défaut, le risque est grand de voir se répéter le scénario tant redouté. De belles annonces, suivies d’un silence qui laisse, une fois encore, l’opposition devant le fait accompli.

 

La Côte d’Ivoire attend désormais des actes. La balle est dans le camp du gouvernement.

 

Robert Krassault

ciurbaine@yahoo.fr

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