Le dimanche 10 mai 2026, le foyer des jeunes Amagou Victor de Marcory a vibré au rythme d’une opposition ivoirienne qui refuse de se laisser éteindre. La fête de la Liberté éclatée 2026, organisée par le Front populaire ivoirien (FPI) dans la commune d’Abidjan-Sud 2, a offert bien plus qu’une simple commémoration de l’avènement du multipartisme en Côte d’Ivoire en 1990. Elle a été le théâtre d’un réquisitoire sans concession contre la gouvernance du régime en place, mais aussi celui d’un appel pressant à l’union des forces d’opposition à l’horizon de la prochaine présidentielle.

C’est Pulchérie Diop Baï, vice-présidente du FPI chargée du Conseil politique régional Abidjan-Sud 2, qui a donné le ton. Sous le thème « Résistance et sursaut », elle a déroulé, avec la conviction d’une militante aguerrie, un discours qui n’a ménagé ni le pouvoir ni les consciences assoupies. « Résister, c’est dénoncer les maux qui fragilisent notre société : la corruption qui ronge nos institutions, la mauvaise gouvernance qui éloigne le peuple des décisions et les dérives autoritaires qui installent la peur là où devrait régner la confiance », a-t-elle martelé devant une salle acquise à sa cause.

Mais Pulchérie Diop Baï n’a pas limité son propos à la dénonciation. Elle a élargi le débat aux questions sociales qui taraudent quotidiennement les Ivoiriens des couches populaires : la cherté de la vie qui étouffe les familles, le chômage qui frappe une jeunesse pourtant talentueuse, et la condition misérable des producteurs de cacao, pilier pourtant de l’économie nationale, qui peinent à vivre dignement de leur labeur. Autant de plaies béantes que le régime RHDP, selon elle, n’a ni la volonté ni la capacité de refermer. « La liberté ne peut être sélective : elle est totale, ou elle n’existe pas », a-t-elle conclu, dans une formule qui restera.

A ses côtés, le vice-président national du FPI, Jean-Marie Konin, a choisi de manier l’ironie historique avec une efficacité redoutable. Il a rappelé que les tenants actuels du pouvoir, ceux-là mêmes qui dénonçaient hier avec véhémence la cherté de la vie sous Laurent Gbagbo, en arguant du contexte de guerre, gouvernent aujourd’hui un pays en paix depuis 2011. Et pourtant, le coût du carburant, de la viande, du transport et des loyers n’a cessé de grimper, appauvrissant davantage des populations déjà fragilisées. Le paradoxe est cruel et l’accusation, difficilement réfutable.

A Abengourou, le samedi 9 mai, la fête de la Liberté a pris une autre dimension, celle d’une tentative de rassemblement de l’opposition dans sa diversité. Le PDCI-RDA, le PPA-CI et le Mouvement des générations capables (MGC) de Simone Gbagbo ont répondu présent à l’invitation du FPI. Chacun de leurs représentants a plaidé pour le rapprochement des forces opposées au pouvoir, conscients que l’éparpillement a longtemps servi d’alibi à leurs défaites successives. Le vice-président local du FPI, Dr. Blaise Noël Boidou, a répondu favorablement à cet appel, se disant disposé à œuvrer pour l’union, tant au niveau régional que national.

Cette convergence, même partielle, même encore fragile, constitue un signal politique notable. Elle traduit une prise de conscience progressive que la reconquête du pouvoir d’État ne se fera pas dans la division, ni dans la surenchère des ego. L’opposition ivoirienne, longtemps minée par ses contradictions internes, ses rancœurs et ses ambitions personnelles, semble chercher laborieusement le chemin de la cohérence.

Reste à savoir si cette dynamique de façade survivra aux premiers soubresauts d’une prochaine campagne électorale, là où les intérêts particuliers reprennent invariablement leurs droits. La fête de la Liberté 2026 aura au moins posé les jalons d’un dialogue nécessaire. L’opposition ivoirienne sait désormais ce qu’elle doit faire. Saura-t-elle le faire ?
Robert Krassault
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