Le vendredi 25 juillet 2025, une caravane de véhicules aux couleurs du Front populaire ivoirien (FPI) prenait la route de l’Est de la Côte d’Ivoire, non pour une campagne électorale, mais pour accomplir l’un des gestes les plus fondamentaux de l’humanité : accompagner ceux qui pleurent.
L’initiative porte la signature de Pascal Affi N’Guessan, l’ancien Premier ministre qui dirige le FPI. Connu pour ses positions politiques tranchées, l’homme révèle ici une autre dimension de son leadership. Celle qui considère qu’un parti politique ne saurait se limiter aux seuls enjeux électoraux. « Ces gestes empreints d’humanité réaffirment notre conception d’un parti politique solidaire », explique l’entourage du président du FPI.
Deux deuils, une réponse collective
L’opération trouve son origine dans deux drames familiaux qui ont frappé les rangs du parti. La disparition de Kobenan Dongo, père d’Augustin Komoé, vice-président du FPI, et le décès de Bléhoum Affi-Bla Christine, mère de Hyacinthe Eponon, secrétaire national. Deux pertes qui auraient pu être gérées individuellement, mais que le FPI a transformées en démonstration publique de cohésion partisane.
C’est à Édoukou Bernhardt, vice-président et directeur de cabinet du président du FPI, qu’est revenue la responsabilité de conduire cette mission. Sa délégation impressionnante témoigne de l’importance accordée. Les vice-présidents N’Guettia Yao Kouman, N’Guetta N’Guetta, Tiacoh Félix, Ekra Diaponon côtoient le président de la JFPI Dago Paul Affélé et plusieurs secrétaires généraux adjoints et nationaux.
De Kokomian à Abengourou
Le premier arrêt s’effectue à Kokomian, dans le Gontougo, où repose Kobenan Dongo. La délégation du FPI s’intègre dans ce tissu de soutien traditionnel, apportant présence physique et dons matériels. Direction ensuite Abengourou, où une configuration similaire se reproduit au domicile de Hyacinthe Eponon. Une délégation spécifique, menée par le secrétaire général adjoint Ahi Koffi, se rend même à la Cour royale locale, inscrivant la démarche dans le respect des traditions.
Si l’émotion domine ces moments de recueillement, l’observateur politique y décèle une dimension stratégique. Dans un contexte où les partis ivoiriens sont accusés de ne s’intéresser à leurs militants qu’en période électorale, cette démonstration de sollicitude permanente envoie un message fort. « Très touchés, le VP Augustin Komoé et le SN Eponon Hyacinthe ont exprimé leur profonde reconnaissance », rapporte un membre de la délégation.
Vers un renouvellement du faire-politique ?
L’épilogue se déroule dans l’intimité de la résidence d’Édoukou Bernhardt à Abengourou. Un moment de « partage et de cohésion » qui contraste avec les fastes habituels de la vie politique. Cette séquence révèle l’essence de la démarche. Montrer que derrière les sigles officiels, il existe des hommes et femmes capables d’empathie réelle.
Cette opération soulève une question plus large sur l’évolution des pratiques politiques en Côte d’Ivoire. Dans un pays où la classe politique est critiquée pour sa déconnexion du terrain, cette démonstration d’humanité pourrait-elle inspirer d’autres formations ? L’initiative d’Affi N’Guessan suggère qu’l existe des espaces de renouvellement du faire-politique, loin des seules considérations électoralistes.
Alors que les véhicules du FPI reprennent la route d’Abidjan, ils laissent derrière eux plus que des condoléances. Ils esquissent les contours d’une pratique politique différente, où l’humain reprend ses droits sur la mécanique du pouvoir. Une expérience à suivre, tant elle pourrait préfigurer de nouvelles façons d’incarner l’engagement public en Côte d’Ivoire.
Robert Krassault
ciurbaine@yahoo.fr