La récente Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a marqué une étape importante dans le processus d’intégration régionale en annonçant le lancement progressif de la monnaie unique, l’ECO, à compter de 2027.
Selon les modalités arrêtées, cette mise en circulation ne concernera, dans un premier temps, que les États qui satisfont aux critères de convergence macroéconomique, les autres étant appelés à rejoindre progressivement l’union monétaire dès qu’ils rempliront les conditions requises. Cette approche graduelle rompt avec la logique des précédentes échéances, qui envisageaient une entrée simultanée de tous les États membres.

Le FPI tient à saluer cette orientation.
Elle traduit une approche plus réaliste et plus pragmatique de l’intégration monétaire ouest-africaine. Après plus de deux décennies de reports successifs, la CEDEAO semble avoir tiré les leçons des difficultés rencontrées en privilégiant désormais une démarche fondée sur les capacités réelles des États plutôt que sur des calendriers politiques.
Toutefois, cette annonce, aussi encourageante soit-elle, soulève une interrogation essentielle.
À ce stade, aucun calendrier opérationnel détaillé n’a été présenté pour permettre aux États, aux banques, aux entreprises, aux investisseurs et aux populations d’apprécier les différentes étapes de la transition vers la nouvelle monnaie. Une réforme de cette ampleur ne peut reposer sur une déclaration d’intention.
Elle exige une feuille de route claire, précisant notamment les modalités de création de la future Banque centrale régionale, son cadre de gouvernance, le régime de change retenu, les mécanismes de constitution des réserves communes, les procédures de conversion des monnaies nationales, l’adaptation des systèmes bancaires et des moyens de paiement, ainsi que le calendrier juridique et technique de mise en circulation de l’ECO.
La crédibilité de l’échéance de 2027 dépendra donc autant de cette feuille de route que de la volonté politique affichée par les États.
Cette prudence est d’autant plus nécessaire que l’histoire du projet ECO est jalonnée de rendez-vous manqués. Initialement attendu en 2003, puis reporté à 2005, 2010, 2015 et 2020, le projet n’a jamais pu aboutir en raison des difficultés persistantes liées à la convergence économique, aux divergences politiques et aux choix institutionnels.
Mais au-delà de ces considérations monétaires, le FPI veut attirer l’attention sur un enjeu qui paraît encore plus déterminant pour l’avenir de notre région.
Le débat sur l’ECO ne doit pas être réduit à une simple question de monnaie.
Une monnaie commune facilite les échanges, réduit les coûts de transaction et renforce l’intégration financière. En revanche, elle ne crée pas, à elle seule, les richesses qui seront échangées.
Aujourd’hui, les économies ouest-africaines exportent principalement des matières premières peu transformées et importent une grande partie des biens manufacturés qu’elles consomment. C’est cette structure productive qui explique, bien plus que la diversité des monnaies, la faiblesse du commerce intra-régional.
Le véritable défi est donc celui de la transformation de nos économies.
L’ECO ne révélera pleinement son potentiel que s’il s’accompagne d’une ambitieuse politique de transformation industrielle, de développement de chaînes de valeur régionales, de valorisation locale de nos ressources naturelles, d’investissements dans les infrastructures et de suppression des obstacles qui entravent encore la libre circulation des biens et des services au sein de notre espace communautaire.
En définitive, le FPI considère que l’annonce faite par la CEDEAO constitue une avancée majeure qu’il convient d’encourager.
Mais cette révolution monétaire devra impérativement être accompagnée d’une révolution productive.
Une monnaie commune ne fabrique pas la prospérité ; elle en multiplie les effets lorsqu’elle repose sur une économie productive, intégrée et compétitive.
C’est à cette double condition que l’ECO pourra devenir, non seulement le symbole de l’intégration ouest-africaine, mais surtout l’un des principaux moteurs de son développement économique.
Fait à Abidjan, le 29 juillet 2026
Guillaume LIBY
Vice-président chargé des Politiques économiques et financières