LA FÊTE DE LA LIBERTÉ DE BAMORO : LE FPI PLANTE SON DRAPEAU EN PAYS BAOULÉ

Samedi 30 mai 2026. A quinze kilomètres de Bouaké, le village de Bamoro a accueilli une cérémonie politique rare en pays baoulé : la « Fête de la liberté », organisée par le Front populaire ivoirien. Entre rituel ancestral et meeting d'opposition, la rencontre a sonné comme un signal.

 

Les anciens ont versé l’eau. Le geste est immuable : avant toute palabre qui compte, il faut appeler les esprits des mannes, rendre les ancêtres attentifs à ce que les vivants s’apprêtent à décider. Ce samedi matin, sous le soleil de Bouaké, les Nanan — les chefs de famille baoulé — ont accompli le rituel. Puis la politique a pris la parole.

 

La Fête de la liberté organisée à Bamoro par Kouassi Raphaël, vice-président du Conseil politique régional (CPR) du Gbêkê 1, n’avait pas la prétention d’être un grand rassemblement. L’organisateur lui-même l’a reconnu : les objectifs de mobilisation n’ont été atteints qu’aux trois quarts. Mais la qualité de la présence, dit-il, a compensé le nombre. Des cadres nationaux du FPI avaient fait le déplacement — Jean-Marie Konin, vice-président du CPR Abidjan 2A, Brigitte Aké, vice-présidente du CPR Abidjan Banco 2, et Ouattara Fadah, vice-président du Hambol — aux côtés de secrétaires nationaux et fédéraux. Pour le pays baoulé, territoire longtemps considéré comme le verrou du PDCI puis le bastion supposé du RHDP, la symbolique n’est pas négligeable.

Le message politique porté ce jour-là repose sur deux mots martelés en alternance : sursaut et résistance. Ouattara Fadah, venu du Hambol voisin, en a proposé la distinction la plus nette. Le sursaut, c’est l’élan, l’éveil, « une sorte de révolte collective » selon ses propres termes. La résistance, elle, est moins spectaculaire : c’est le fait de tenir ferme après l’élan initial. « C’est elle qui gagne », a-t-il dit sobrement.

 

Kouassi Raphaël, lui, a choisi de parler aux ventres autant qu’aux consciences. Devant ses militants, il a dressé un tableau social sombre : des jeunes diplômés sans emploi, des paysans dont les prix d’achat des denrées s’effondrent, des familles qui peinent à financer les études de leurs enfants. A ce tableau, il a associé une figure : celle du président du FPI, Pascal Affi N’Guessan, qu’il présente comme « la personnalité qui répond aux aspirations des Ivoiriens ». Le discours ne dissimule pas son ambition : préparer le terrain pour la prochaine échéance électorale, en arracher le pays baoulé à ce qui est perçu comme une résignation.

Jean-Marie Konin, dont les interventions ont été les plus attendues, a opté pour la pédagogie. Sa métaphore de la perdrix et du poulet — ne pas confier son avenir à quelqu’un qui peut s’envoler jusqu’à Ouagadougou — a circulé dans les rangs comme une formule à retenir. Son appel le plus concret : la création d’une plateforme unifiée de l’opposition à Bouaké, qui rassemblerait PDCI, FPI et PPA-CI autour d’un objectif commun.

Bamoro n’est pas Bouaké. Mais Bouaké est à quinze kilomètres. Et dans la géopolitique intérieure du FPI, planter un drapeau à cette distance de la capitale du Centre, c’est déjà occuper un terrain.

 

Robert Krassault

ciurbaine@yahoo.fr

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