L’Organisation des femmes du Front populaire ivoirien a tenu, samedi 25 avril à Abidjan, sa première assemblée générale depuis novembre 2024. Une mobilisation spectaculaire qui sonne comme un signal politique à l’adresse du pouvoir RHDP.

Il y avait dans l’air, ce samedi-là, quelque chose qui ressemblait à un réveil. La grande salle du siège du FPI, aux Deux-Plateaux Vallon, débordait de monde. Des femmes venues de Ferké, de Boundiali, de Korhogo, de Bouaké, de Katiola, de Bondoukou, de Daloa, de Gagnoa, de Soubré, d’Abengourou, d’Aboisso, d’Adzopé, d’Agboville et de toutes les communes d’Abidjan. Le déplacement était massif, la représentativité géographique quasi totale. L’Organisation des femmes du Front populaire ivoirien — l’OFFPI — sortait enfin de la longue léthargie dans laquelle elle s’était enfoncée depuis le congrès de Yamoussoukro des 8 et 9 novembre 2024.
Entre-temps, la présidente élue lors de ce congrès avait remis sa démission sans avoir préalablement convoqué d’assemblée générale, laissant l’organisation sans cap ni gouvernail. C’est Esther Assi, désignée présidente intérimaire, qui a pris les choses en main pour organiser ce rassemblement extraordinaire. Un pari réussi, au-delà des espérances.

Le FPI au féminin : histoire d’une résistance
Pour comprendre l’enjeu de cette journée, il faut revenir sur le chemin parcouru. C’est Yvonne Abané Bouabré, ancienne vice-présidente de l’Assemblée nationale et vice-présidente du FPI, qui s’est chargée de cette leçon d’histoire militante. Devant une salle captivée, elle a retracé l’itinéraire du parti depuis ses années de clandestinité, en passant par l’exercice du pouvoir d’État, la rébellion armée de 2002, la perte du pouvoir, et les crises internes qui ont vu naître le PPA-CI de Laurent Gbagbo et le MGC.

Autant d’épreuves qui ont façonné une culture de la résistance. Et c’est précisément à cette culture que les femmes du FPI ont été invitées à puiser pour préparer les batailles électorales à venir. « Femmes, levons-nous pour les élections. Dans deux ans, nous irons aux élections. C’est maintenant la précampagne », a martelé Yvonne Bouabré, détaillant un programme exigeant : formation au leadership, maîtrise du code électoral, prise de parole en public, entretien des réseaux de proximité.
Les obstacles nommés, les ambitions affichées

La vice-présidente du FPI n’a pas esquivé la réalité des obstacles. Les barrières socioculturelles, les violences, les intimidations, l’insuffisance des ressources financières : tout a été dit, avec franchise. Car la force de cette assemblée générale a été de dire les choses avec clarté, sans recourir à des atténuations.
Esther Assi a prolongé ce propos avec une formule qui a résonné dans la salle : « Pour devenir leader, la femme doit sortir de la cuisine où elle se confine pour s’afficher et s’affirmer. » Un appel à la visibilité politique que la militante venue de Daloa, Cécile Bogui, a immédiatement relayé en interpellant le bureau national pour une présence renforcée sur le terrain en région.

La direction masculine du parti s’est montrée solidaire. Plusieurs vice-présidents du FPI et le secrétaire général Barthélémy Gnépa ont pris place aux côtés des femmes, signifiant ainsi que ce sursaut féminin était aussi celui du parti tout entier. « C’est sur vous que compte le FPI », a déclaré le vice-président Célestin Gnizako Bouazo, rappelant l’horizon des municipales et régionales de 2028 et de la présidentielle de 2030.
Dans ce cadre, la remobilisation des femmes — qui constituent une force de recrutement, de présence territoriale et de contact communautaire irremplaçable — prend une dimension stratégique évidente. L’OFFPI doit encore tenir son congrès pour élire sa présidente définitive. Mais le signal envoyé samedi depuis les Deux-Plateaux Vallon est clair : le FPI, par ses femmes, a décidé de revenir dans le jeu.
Robert Krassault
ciurbaine@yahoo.fr