Arrah, 6 juin 2026 — Il était à peine 8 heures du matin que la station-service du quartier Aklogonou débordait déjà de monde. Des femmes en pagne aux couleurs du FPI, des jeunes en T-shirts frappés du portrait de Pascal Affi N’Guessan, des hommes mûrs venus à pied ou à moto depuis les contrées lointaines d’Andé, de Krégbé ou de Sérébissou. Plus d’un millier de militants avaient répondu à l’appel du Conseil politique régional du Moronou pour cette édition 2026 de la Fête de la Liberté éclatée, organisée pour la première fois dans la commune d’Arrah.

A 10h20, le cortège s’est ébranlé au son d’une fanfare qui tranchait le silence matinal de la ville. En tête marchait l’Honorable Diby Kokora Bernard, vice-président du FPI en charge du Moronou et député de Bongouanou Sous-préfecture, deux doigts levés — le signe de ralliement du parti — sous les acclamations de la foule. Derrière lui, les seize fédérations des départements de Bongouanou, M’Batto et Arrah défilaient, précédées de banderoles qui ne laissaient aucune ambiguïté sur l’état d’esprit du jour : « Moronou toujours fidèle au FPI et au président Affi N’Guessan », « Le Moronou refuse la souffrance imposée ! », et plus loin, à l’horizon des urnes : « Mobilisons-nous maintenant pour la victoire du FPI en 2028 et 2030 ».
Le cortège a effectué un détour symbolique chez le chef de la tribu Ahua — clin d’œil à l’ancrage coutumier d’une fête qui se veut aussi populaire que politique — avant de converger vers l’esplanade du Centre culturel HKB. C’est là que s’est déroulée la cérémonie officielle, dans une atmosphère que rythmaient la musique, les groupes de danse traditionnelle et les prestations d’artistes comme Yah Kinimo ou Devincy Le Poids Lourd. La présence de délégués du COJEP et du PDCI-RDA soulignait, discrètement mais lisiblement, les contours d’une opposition qui cherche à faire front commun.

Puis Diby Kokora Bernard a pris la parole, et le ton a changé. À la faveur d’une célébration empreinte de ferveur, le vice-président du FPI a livré une sévère charge contre les seize années de gouvernance du RHDP. Selon lui, les engagements pris en 2011 — éradication des inondations, construction de logements sociaux, gratuité des soins, amélioration des conditions de vie des planteurs et lutte contre la corruption — se sont heurtés à la réalité du terrain et n’ont pas produit les résultats escomptés. « Les mêmes scènes de désolation se répètent », a-t-il déclaré, tandis que la foule scandait son approbation.
Mais c’est sur la question du cacao que l’orateur a trouvé son ton le plus âpre et, sans doute, le plus attendu dans une région où la culture cacaoyère structure l’existence de la grande majorité des familles. « Le cacao, c’est notre sang. C’est la sueur du Moronou. » La formule a claqué comme un slogan de campagne, mais elle portait une réalité documentée : le prix bord champ, fixé loin des plantations, enrichit des intermédiaires invisibles pendant que le paysan, lui, peine à joindre les deux bouts. Dans un contexte national marqué par une chute de près de 57 % du prix au producteur lors de la campagne intermédiaire 2026, le discours de Diby Kokora Bernard résonnait avec une acuité particulière.

Placée sous le thème « Résistance et Sursaut », cette édition 2026 de la Fête de la Liberté éclatée — format décentralisé instauré depuis 2025 pour que chaque région vive sa propre célébration — aura confirmé deux choses. D’abord, la capacité de mobilisation du FPI dans sa base rurale, là où l’abstention et le désenchantement auraient pu vider les rangs. Ensuite, la détermination d’un parti qui, loin de jouer les seconds rôles, affiche ses ambitions pour les législatives de 2028 et la présidentielle de 2030 avec une clarté qui ne souffre plus aucune ambiguïté.
Robert Krassault
Avec Eddie Ané