Dans un discours prononcé samedi 31 janvier 2026 au siège du Front Populaire Ivoirien (FPI), Pascal Affi N'Guessan a livré une analyse sans concession de la situation politique ivoirienne, mêlant autocritique sévère de l'opposition et réquisitoire implacable contre le pouvoir en place.
Le président du FPI ne mâche pas ses mots. Un an après avoir appelé au dialogue et à l'inclusivité en prévision de la présidentielle d'octobre 2025, il dresse un bilan catastrophique. Selon lui, le président Alassane Ouattara a "tourné le dos au dialogue politique", préférant la répression à l'apaisement. Les conséquences énumérées sont lourdes : "dizaines de morts, milliers de blessés, milliers d'arrestations". La "malédiction électorale" continuerait ainsi de hanter le pays.
Mais l'originalité du discours réside dans l'autocritique virulente qu'Affi N'Guessan adresse à l'opposition elle-même. "Nous avons échoué sur toute la ligne", reconnaît-il sans détour. L'incapacité à former un front uni, l'émiettement entre diverses coalitions (CAP-Côte d'Ivoire, Front Commun PPA-CI/PDCI-RDA), les "calculs personnels" et les "ambitions sectaires" ont, selon lui, conduit à la débâcle. Cette franchise tranche avec la rhétorique habituelle des leaders d'opposition africains, prompts à dénoncer le pouvoir mais réticents à assumer leurs propres responsabilités.

Le cœur du discours développe une théorie systémique de ce qu'Affi N'Guessan appelle "la prise en otage du pays". Il décrit un système où un "clan" utiliserait les ressources publiques pour s'auto-entretenir : détournements, commissions, trafic d'influence alimenteraient un circuit de blanchiment via l'économie, les médias, la religion et même certains partis d'opposition.
Cette analyse, qui rejoint les théories néo-patrimoniales souvent appliquées aux régimes africains, présente l'État comme privatisé par un réseau. L'évocation des "rafistolages institutionnels" (Vice-Président, Ministre-gouverneur, Vice-Premier Ministre) vise à illustrer cette captation. La métaphore finale — "le monstre du docteur Victor Frankenstein" — suggère un système devenu incontrôlable.
Toutefois, Affi N'Guessan évite l'écueil du complotisme simpliste en pointant des facteurs sociologiques plus profonds : tribalisme, conservatisme et "providentialisme" (la croyance en un homme providentiel) seraient autant d'obstacles à l'émancipation collective.
La seconde partie du discours se veut propositionnelle. L'année 2026 doit être celle de la "résistance et du sursaut", de la "révolution des mentalités". Affi N'Guessan appelle à rompre avec le culte de la personnalité pour privilégier "le combat des idées, des projets de société".
C'est dans ce contexte qu'il justifie sa décision de ne pas se représenter aux législatives de décembre 2025, laissant sa circonscription à Diby Kokora Bernard, brillamment élu. Ce geste, qu'il présente comme un acte de transmission générationnelle et de refus du cumul des mandats, vise à incarner concrètement la rupture qu'il prône. "On est attaché au renouvellement ou on est prisonnier des honneurs et des fonctions", martèle-t-il, en écho aux critiques qu'il adresse au président Ouattara.
Néanmoins, il se défend de prendre sa retraite politique, assurant qu'il ne peut "se retirer à un moment où la Côte d'Ivoire a besoin de la mobilisation de tous ses fils pour sa libération".
Ce discours témoigne d'une lucidité politique rare, particulièrement dans sa critique de l'opposition. La reconnaissance explicite de l'échec stratégique pourrait ouvrir la voie à une refondation. De même, la dénonciation du "providentialisme" résonne comme un plaidoyer pour une démocratie plus mature, moins personnalisée.
Robert Krassault
ciurbaine@yahoo.fr