Face à la presse le jeudi 5 juin 2026 au siège du FPI aux Deux-Plateaux Vallon, le président de la Coalition pour l’alternance pacifique en Côte d’Ivoire et son secrétaire général ont déroulé la feuille de route d’une coalition restructurée, plus ambitieuse et déterminée à peser durablement sur le destin politique ivoirien.

La pluie n’a pas découragé les journalistes. Ils étaient là, nombreux, au siège du Front populaire ivoirien aux Deux-Plateaux Vallon, ce jeudi 5 juin 2026, pour assister à ce que Pascal Affi N’Guessan avait annoncé comme un moment politique majeur. Et de fait, la conférence de presse de la Coalition pour l’alternance pacifique en Côte d’Ivoire — la CAP-CI — n’a pas manqué de substance. En près de deux heures d’échanges, le président de la coalition et son secrétaire général, Dr. Dinignako Coulibaly, ont livré le diagnostic d’une opposition qui se veut désormais plus lucide sur ses faiblesses passées et plus déterminée dans ses ambitions futures.
Coulibaly ouvre le bal : lucidité et ambition
C’est Dr. Dinignako Coulibaly, président du Parti des socio-démocrates ivoiriens (PSDI) et tout nouveau secrétaire général et porte-parole de la CAP-CI, qui a inauguré la conférence. Sa déclaration liminaire, dense et structurée, avait valeur de bilan autant que de programme. Il a d’abord rappelé les origines de la coalition, née officiellement le 10 mars 2025 de la volonté de plusieurs formations politiques de créer « un cadre permanent de concertation, de dialogue et d’action en faveur de la démocratie, de la paix et de l’alternance politique en Côte d’Ivoire ». Une naissance intervenue, a-t-il précisé, dans un contexte de vives préoccupations relatives au processus électoral et à la nécessité pour l'opposition de parler d’une même voix.

Coulibaly n’a pas esquivé les zones d’ombre. Il a reconnu sans détour que malgré les initiatives républicaines et pacifiques menées par la coalition — courriers aux autorités, demandes de dialogue, marches et meetings, actions de sensibilisation —, « les préoccupations exprimées par l’opposition concernant le processus électoral n’ont malheureusement pas reçu les réponses attendues ». Une manière sobre mais claire de reconnaître que le pouvoir n’a pas bougé d’un iota face aux revendications de la plateforme.
Plus délicat encore, il a assumé les départs. Après l’élection présidentielle de 2025, des formations politiques ont estimé que leurs objectifs au sein de la CAP étaient atteints et ont choisi d’autres cadres d’action. Simone Ehivet Gbagbo, Tidjane Thiam, Danièle Boni Claverie : Coulibaly leur a rendu hommage avec élégance pour « leur contribution à la naissance, à la consolidation et au rayonnement de la CAP-Côte d’Ivoire ». Mais il a tenu à préciser, avec fermeté, que « l’unité des forces de l’opposition ne doit pas être circonstancielle ». C’est précisément ce constat qui a motivé la refondation de la coalition, consacrée lors de l’Assemblée Générale du 7 mai 2026, avec l’adoption d’une nouvelle architecture institutionnelle et l’élection d’Affi N’Guessan à la présidence.
Affi prend la main : un outil pour durer
Pascal Affi N’Guessan a ensuite pris la parole, et d’emblée fixé le ton. « La CAP-CI est relancée. Ce n’est pas nécessaire de l’abandonner. Elle fera sa sortie officielle le 25 juillet prochain. La CAP est toujours là, plus structurée et plus ambitieuse. Nous avons nos propositions qui seront enrichies. » Trois phrases suffisent à résumer l’esprit de sa démarche : continuité, restructuration, ouverture.
L’ancien Premier ministre a insisté sur la transformation qualitative de la coalition. Là où la première mouture fonctionnait comme un comité ad hoc doté d’un simple coordonnateur, la CAP-CI relancée se structure autour d’une présidence, de vice-présidences spécialisées, d’un secrétariat général et d’une Conférence des présidents érigée en organe suprême de décision. Une architecture qui, selon lui, doit permettre à la plateforme d’agir « sur toutes les questions qui vont au-delà de ce qui a été fait » et de s’inscrire résolument dans la durée.
Sur le fond politique, Affi N’Guessan a listé les chantiers prioritaires avec précision : le code électoral, le découpage électoral, le mode de scrutin, le système de votation, la transmission des résultats, la structure centrale de l’organisation des élections et ses démembrements. Autant de réformes indispensables, selon lui, pour « évacuer la méfiance et inspirer la confiance » dans un pays où les joutes électorales ont trop souvent viré au drame. Il a salué au passage la déclaration du gouvernement lors de son dernier conseil des ministres, indiquant sa disponibilité à prendre en compte toutes les propositions de l’opposition. Un signal qu’il a jugé encourageant sans pour autant s’y accrocher naïvement.
La gouvernance en accusation
Mais l’actualité brûlante a rattrapé le conférencier. Interpellé sur les déguerpissements massifs en cours dans les communes d’Abidjan, Affi N’Guessan a laissé éclater une colère mesurée mais cinglante. « Nous dénonçons le caractère inhumain et cynique des déguerpissements. Ce pouvoir ne travaille pas pour les Ivoiriens. Ce pouvoir travaille pour lui-même, pour son nom. Rien n’est fait pour aider les Ivoiriens à mieux vivre. » Des mots qui sonnent vrai dans une Abidjan où des familles se retrouvent à la rue du jour au lendemain, sans relogement ni compensation, pour voir leurs terrains attribués à des proches du régime.
Il a également dénoncé la cherté de la vie avec des chiffres concrets qui frappent l’imagination. Quatre escargots vendus à dix mille francs CFA, un régime de bananes inaccessible en deçà de cinq mille francs. Et de pointer la contradiction entre les milliards engloutis dans des ouvrages d’art spectaculaires — ponts, échangeurs — et l’absence criante de caniveaux qui vaut à Abidjan de compter ses morts à chaque saison des pluies. « Ça fait 15 années qu’ils sont là et les Ivoiriens meurent dans les inondations. L’année prochaine, les inondations vont encore tuer les Ivoiriens », a-t-il martelé, prophétique dans sa sombre régularité.
Le 25 juillet, rendez-vous avec l’histoire
La CAP-CI se donne donc jusqu’au 25 juillet prochain pour faire sa grande sortie officielle. D’ici là, elle entend consolider ses rangs — la coalition reste ouverte, selon Affi N’Guessan, « à toutes les énergies qui voudront bien se joindre pour mener le combat » — et affiner ses propositions sur les grandes réformes institutionnelles.
Ce rendez-vous sera scruté avec attention. Car au-delà des discours, c’est la capacité de mobilisation de la nouvelle CAP-CI qui déterminera sa crédibilité. Une coalition qui se veut instrument d’alternance doit démontrer qu’elle peut rassembler au-delà de son cercle habituel, parler aux Ivoiriens ordinaires que la cherté de la vie et l’injustice des déguerpissements meurtrit chaque jour. Le 25 juillet sera, en ce sens, bien plus qu’une cérémonie politique. Ce sera le premier vrai test d’une coalition qui a choisi de durer plutôt que de se résigner.
Robert Krassault
ciurbaine@yahoo.fr