La remise en liberté du vice-président du FPI, placé sous contrôle judiciaire après quatre jours de détention, s’inscrit dans une séquence préoccupante de mesures coercitives visant les formations politiques contestataires depuis l’élection présidentielle.
« Je suis heureux d’être libre et on espère que les choses iront mieux. » Ces mots, prononcés mardi 11 novembre 2025 par Bernard Diby Kokora au sortir de quatre nuits passées dans ce que d’aucuns appellent le « sous-sol de la République », résonnent comme un soulagement teinté d’inquiétude. Le vice-président du Front populaire ivoirien (FPI) en charge de la Région du Moronou a recouvré sa liberté de mouvement, certes, mais sous contrôle judiciaire, avec l’obligation de se présenter au parquet tous les derniers vendredis du mois pour justifier de sa présence sur le territoire ivoirien.
L’affaire, aussi soudaine que troublante, avait débuté le vendredi 7 novembre. Fraîchement investi candidat aux législatives du 27 décembre prochain dans la circonscription de Bongouanou-Sous-préfecture, Bernard Diby Kokora avait été interpellé et conduit à la brigade de gendarmerie locale, avant son transfert vers celle de Cocody, à Abidjan. Le procureur de la République Koné Braman Oumar invoque des chefs d’accusation d’une gravité exceptionnelle. Actes terroristes, destruction de biens publics, de matériel électoral et de biens privés. Des charges qui contrastent singulièrement avec l’absence d’éléments factuels communiqués au public et qui, selon son conseil Me Félix Bobré, ne remettent nullement en cause sa candidature législative.

Accueilli à sa sortie par Pascal Affi N’Guessan, président du FPI, qui lui a réitéré son soutien indéfectible face à « l'adversité », Bernard Diby Kokora devient le symbole d’une dérive autoritaire qui s’amplifie en Côte d’Ivoire depuis le scrutin présidentiel du 25 octobre 2025. Son cas n’est malheureusement pas isolé. Depuis cette élection contestée, les arrestations de figures de l’Opposition se multiplient dans un climat de tension politique exacerbée.
Cette stratégie d’intimidation judiciaire, qui frappe méthodiquement les cadres et militants des partis contestataires, soulève de légitimes interrogations quant au respect du pluralisme démocratique et de l’État de droit. A quelques semaines d’un scrutin législatif crucial, l’instrumentalisation présumée de l’appareil judiciaire pour neutraliser des candidats de l’Opposition crée un précédent dangereux et compromet la crédibilité du processus électoral.
La communauté internationale, les organisations de défense des droits humains et les observateurs de la démocratie ivoirienne scrutent désormais avec une vigilance accrue ces arrestations en cascade. Car au-delà du cas particulier de Bernard Diby Kokora, c’est la santé démocratique de la Côte d’Ivoire qui se trouve mise à l’épreuve dans cette période charnière de son histoire politique.
Robert Krasssault
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