A l’occasion du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance de la Côte d’Ivoire, Pascal Affi N’Guessan, président du Front populaire ivoirien, a livré ce jeudi une déclaration au ton grave. Saluant les acquis de six décennies de souveraineté, le leader du FPI n’en dresse pas moins un bilan contrasté. Démocratie jugée « inachevée », cohésion nationale « éprouvée », dépendance économique persistante et vie chère qui pèse sur les ménages. Il appelle solennellement le chef de l’État à des « actes courageux d’apaisement », plaidant pour la libération des détenus liés à des affaires politiques et l'ouverture d’un dialogue national « franc, sincère et inclusif ». Lire l’intégralité de la déclaration du président du Front populaire ivoirien (FPI).
Ivoiriennes, Ivoiriens,
Mes chers compatriotes,
À l'occasion de la célébration du 66ᵉ anniversaire de l'indépendance de notre pays, je tiens, au nom du Front Populaire Ivoirien (FPI), à adresser mes chaleureuses félicitations à l'ensemble du peuple ivoirien.
En ce jour de mémoire, nous rendons un hommage appuyé aux pionniers de l'indépendance ainsi qu'à toutes les femmes et à tous les hommes qui ont contribué, par leur engagement et leurs sacrifices, à la construction de notre Nation. Leur héritage nous rappelle notre responsabilité collective de préserver la paix, la démocratie, la justice sociale, l'unité nationale et la souveraineté de notre pays.
Le 7 août 1960, la Côte d'Ivoire accédait officiellement à la souveraineté internationale. Soixante-six ans plus tard, notre peuple célèbre cette date historique avec fierté, mais aussi avec le devoir d'interroger lucidement le sens véritable de notre indépendance.
L'indépendance ne se résume pas à un drapeau, à un hymne national ou à une reconnaissance internationale. Elle se mesure à la capacité d'un peuple à décider librement de son destin, à maîtriser son économie, à protéger ses richesses, à garantir les libertés publiques, à assurer la justice sociale, à offrir les mêmes droits et les mêmes chances à chaque citoyen et à construire un développement équitable au bénéfice de tous.
À cet égard, notre bilan est contrasté.
En soixante-six ans, les Ivoiriens ont démontré qu'ils étaient capables d'administrer eux-mêmes leur pays avec compétence. Les postes de responsabilité autrefois occupés presque exclusivement par des expatriés sont aujourd'hui assumés par des femmes et des hommes ivoiriens dont les compétences sont reconnues.
Notre pays s'est doté d'infrastructures modernes. Des routes, des ponts, des ports, des universités, des hôpitaux, des barrages et des réseaux numériques ont vu le jour. Notre économie figure parmi les plus importantes d'Afrique de l'Ouest.
Ces acquis appartiennent à toute la Nation.
Mais derrière cette vitrine se cache une réalité plus préoccupante.
Après soixante-six années d'indépendance, pouvons-nous affirmer que les Ivoiriens sont réellement maîtres de leur destin ?
La réponse est malheureusement non.
Notre démocratie demeure inachevée.
Depuis plusieurs décennies, chaque échéance électorale est source d'inquiétudes, de tensions et parfois de violences. Les institutions censées garantir l'égalité entre les citoyens sont régulièrement contestées. Une démocratie ne peut être solide lorsque l'opposition doute de l'impartialité des institutions, lorsque le dialogue politique est rompu et lorsque les libertés publiques apparaissent fragilisées.
Notre cohésion nationale reste profondément éprouvée.
Des décennies de crises politiques ont laissé des fractures qui tardent à se refermer. La méfiance continue d'opposer des Ivoiriens à d'autres Ivoiriens. Or, aucun pays ne peut bâtir durablement son développement sur les divisions. Plus que jamais, nous devons faire vivre les valeurs de solidarité, de fraternité et de patriotisme qui fondent notre communauté nationale.
L'indépendance politique elle-même demeure inachevée.
Soixante-six ans après 1960, notre pays reste soumis à des influences extérieures importantes dans plusieurs domaines stratégiques. Une Nation véritablement indépendante doit être capable de définir ses orientations politiques, diplomatiques, monétaires, économiques et militaires en toute souveraineté, exclusivement au service de son peuple.
L'indépendance économique constitue sans doute notre plus grand échec.
Notre économie continue essentiellement d'exporter des matières premières brutes pendant que d'autres créent la richesse en les transformant. Le cacao, le café, la noix de cajou, le coton, l'hévéa et tant d'autres ressources quittent notre territoire sans que les emplois, les industries et les profits profitent pleinement aux Ivoiriens.
Le patriotisme économique reste insuffisant.
Dans plusieurs secteurs stratégiques, les principaux acteurs demeurent des groupes étrangers, tandis que les entrepreneurs ivoiriens peinent à accéder au financement, aux marchés publics et aux grands investissements. Une Nation ne peut prétendre à une véritable indépendance lorsque ses propres citoyens occupent une place marginale dans la création des richesses nationales.
Cette situation explique en partie la persistance d'un chômage massif, notamment chez les jeunes.
Chaque année, des milliers de diplômés rejoignent les rangs des sans-emploi ou sont contraints à la précarité, à l'exil ou au secteur informel. Cette jeunesse, pourtant la plus grande richesse de notre Nation, attend toujours une politique ambitieuse de création d'emplois, d'industrialisation et d'innovation.
Les femmes ivoiriennes, qui portent une grande partie de notre économie familiale, continuent de subir les effets des inégalités économiques et sociales. Leur accès au crédit, à la propriété, aux responsabilités économiques et politiques doit devenir une priorité nationale.
Dans le même temps, la vie devient chaque jour plus difficile.
La hausse du coût des denrées alimentaires, du logement, des transports, de l'électricité et de nombreux services essentiels réduit considérablement le pouvoir d'achat des ménages. Pendant que les indicateurs macroéconomiques affichent des performances enviables, une partie importante de la population peine à satisfaire ses besoins les plus élémentaires.
Cette situation ne peut laisser indifférent.
Mes chers compatriotes,
L'indépendance est une conquête permanente.
Elle exige des institutions fortes, crédibles et respectées.
Elle exige une justice véritablement indépendante.
Elle exige une économie au service des Ivoiriens.
Elle exige une véritable réconciliation nationale.
Elle exige que chaque citoyen bénéficie des mêmes droits, des mêmes chances et se sente pleinement respecté dans sa dignité.
À l'occasion de cette fête nationale, j'en appelle solennellement au Président de la République.
Le moment est venu de poser des actes courageux d'apaisement.
Je souhaite la libération des personnes détenues pour des affaires liées à la vie politique, dans le respect des décisions de justice et des mécanismes légaux appropriés, afin de favoriser la réconciliation nationale.
Je demande l'ouverture d'un dialogue politique franc, sincère et inclusif avec l'ensemble des forces politiques et sociales de notre pays. Les grandes questions nationales ne peuvent être durablement résolues dans la confrontation permanente.
J'appelle également le Gouvernement à revoir ses priorités afin de placer au premier rang la lutte contre la vie chère, la création d'emplois pour les jeunes, le soutien aux entrepreneurs ivoiriens, l'industrialisation de notre économie, le renforcement de la décentralisation et une meilleure redistribution des fruits de la croissance.
Le Front Populaire Ivoirien continuera de défendre une autre vision de la Côte d'Ivoire.
Une Côte d'Ivoire réconciliée, où l'État protège au lieu d'exclure.
Une Côte d'Ivoire où la richesse nationale profite d'abord aux Ivoiriens.
Une Côte d'Ivoire où l'opposition est respectée.
Une Côte d'Ivoire où les élections rassemblent au lieu de diviser.
Une Côte d'Ivoire où chaque citoyen bénéficie des mêmes droits et des mêmes chances.
Une Côte d'Ivoire où chaque jeune peut croire en son avenir.
Une Côte d'Ivoire forte, prospère, véritablement libre, souveraine, démocratique et unie.
En ce 66ᵉ anniversaire de notre indépendance, gardons foi en notre pays.
L'histoire de la Côte d'Ivoire n'est pas terminée.
Les plus belles pages restent à écrire.
Ensemble, dans le dialogue, la paix, la justice, la vérité, la solidarité et le patriotisme, nous pouvons construire une Nation plus forte, plus fraternelle, plus prospère et pleinement réconciliée.
Vive la République !
Vive la démocratie !
Vive la Côte d'Ivoire !
Je vous remercie.
Pascal Affi N’Guessan
Président du Front Populaire Ivoirien (FPI)